La laïcité n’a pas besoin d’adjectif

M. Portelli suit fidèlement les traces du Président Sarkozy en mettant en place dans notre commune le principe de “laïcité positive”. Après avoir subventionné le voyage aux JMJ de Sydney de jeunes ermontois, voilà que la ville fait la promotion de la catéchèse (catholique et protestante) sur ses panneaux lumineux. Même si la majorité municipale pourra nous répondre qu’il s’agit ici de la diffusion d’une simple information, le fait est qu’elle se mêle de ce qui ne la regarde pas, à savoir de cultes qui doivent rester privés.
Une municipalité n’a pas à faire la communication des Églises, ni à subventionner de manifestations religieuses, sous quelque façade associative que ce soit.
Les récentes rencontres chaleureuses entre le Président français et le Pape Benoît XVI ont déjà des raisons de choquer, alors ne reproduisons pas des collusions malvenues à notre échelle locale. Pourquoi revenir sur cette règle fondamentale de notre société qui limite rigoureusement le fait religieux à la sphère privée? A force d’y déroger, de l’assouplir, ce principe républicain n’aura plus de sens, plus de borne.
Il ne faut pas prétendre lutter contre les extrémismes et les dérives de la religion, si l’on commence à mélanger politique et religion.
Le groupe municipal d’opposition Générations Ermont s’engage à dénoncer ces atteintes à la laïcité que la majorité municipale cautionne en bloc.
La laïcité n’a pas besoin d’adjectif.
Marine Gilbert

Vendredi 26 septembre 2008 à 13:06
Cet adjectif supposerait qu’il y aurait une laïcité “négative” ? La Laîcité se suffit à elle-même, elle EST ; C’est grâce à elle qu’en France, toutes les religions représentées vivent en paix et se respectent ; pourquoi surrenchérir ? Comme d’habitude M. Sarkozy en fait trop. En tant que Président de la REPUBLIQUE, il ne devrait pas s’exprimer au nom des français (qui sont tout de même dans leur majorité profondémment laïques il ne faudrait pas l’oublier).
Je trouve injustifiées ces subventions municipales aux écoles privées, hors commune alors que nos écoles publiques se serrent la ceinture ; PRIORITE doit être donnée aux ECOLES PUBLIQUES, LAIQUES et OBLIGATOIRES de notre commune .
Vendredi 26 septembre 2008 à 14:08
Tout d’abord j’adresse un petit bonjour a l’équipe de “Générations Ermont”.
Je serai bref, en effet une fois de plus notre président a perdu l’occasion de se taire, car la laïcité n’est ni positive ni négative elle est républicaine.
Alain VADNAL
Vendredi 26 septembre 2008 à 18:21
Nous devons tous vivre ensemble et sans contraintes religieuses; liberté de conscience et liberté des cultes, sans s’occuper de l’appartenance religieuse. Et s’attaquer à la laïcité, c’est s’attaquer à la démocratie. Cette démonstration vue sur la photo est inadmissible. Nous devons respecter toutes les religions mais nous devons surtout respecter la laïcité et la loi qui l’a créée.
Samedi 27 septembre 2008 à 15:27
Je prends connaissance de l’article de Marine, concernant les panneaux informatiques de la Ville d’Ermont. Je ne suis pas d’accord avec le financement municipal de certains voyages. Les panneaux de la Ville ont un but informatif. Pour moi, il n’y a rien de choquant qu’au moment de la rentrée scolaire, les familles soient informées des diverses activités proposées sur la ville. La catéchèse qu’elle soit d’obédience protestante ou catholique, est une discipline lique est un enseignement comme un autre, où l’on est censé apprendre la tolérance, c’est aussi la tolérance, c’est aussi culturel et formateur.
Vous me rétorquerez c’est parce “vous êtes catho”, certes je le suis et j’en suis heureuse. Dans mes diverses activités, j’essaie de rester fidèle à ce que j’ai appris. Marine, soyez un peu plus
tolérante car à vouloir tout interdire où va-t-on ?
L’argent du contribuable d’accord mais l’information NON !….
Cette dernière doit informer aussi bien sur le domaine privé que
public. Où est le mal ?
Dimanche 28 septembre 2008 à 12:08
Madame,
Je ne vous rétorquerai pas que votre réponse à avoir avec votre confession religieuse ; et je ne vous parlerai pas de la mienne, car justement, la laïcité doit s’élever au dessus des religions. Vous me parlez de tolérance, et c’est précisément dans ce souci de tolérance que je dénonce les pratiques de la municipalité dans leur ensemble (car les panneaux lumineux sont un des éléments qui participent d’un manquement général à la laïcité) : pour tolérer toutes les religions et n’en léser aucune, n’en privilégier aucune, toutes les admettre et les respecter, le devoir d’absolue neutralité est essentiel; sinon, où s’arrêter ??? On commence par de l’information, mais la dérive n’est pas loin dans le rapprochement entre politique et religion.
La catéchèse n’est pas un enseignement comme un autre, et vous savez comme moi qu’un enseignement religieux est le fruit de l’interprétation de textes, qui peut donner le meilleur comme le pire. Laissons à chacun la liberté de vouloir le recevoir, mais sans en faire la promotion.
Dimanche 28 septembre 2008 à 12:33
Chère Monique,
Croyez vous vraiment que la ville d’Ermont publierait indistinctement ce genre d’informations s’il s’agissait de la fête de l’AÏD, d’un baptême public des Témoins de Jéhovah, de la prochaine conférence de Raël sur les Elohim ou de je ne sais quelle initiative de rentrée des Adventistes du Septième Jour (je me limite à ces quelques exemples tant la liste serait longue) ?
La question n’est pas de savoir si telle ou telle « églises » fait partie des « gentils » dispensant un enseignement « politiquement correct » qui lui ouvrirait droit d’accès aux informations municipales.
Comment et selon quels critères non discriminatoires pour quiconque va-t-on juger pour accepter les uns et refouler les autres ?
La tolérance des religions (je devrais plutôt dire des religieux) à l’égard de ce qui leur est étranger est toute relative. Elle n’est pas la même suivant les époques, leur degré de pénétration dans les rouages des pouvoirs et leur influence sur les populations (on s’entretue encore beaucoup au nom de Dieu de par le monde).
Aussi, le meilleur moyen de les empêcher de nous entraîner dans des conflits du genre « choc des civilisations », consiste à les tenir éloignées des pouvoirs publics tout en leur garantissant leur liberté de culte dans les limites des lois de la République (désolé, mais les sacrifices humains sont interdits !).
C’est justement ce que permet la loi de 1905 qui est un peu trop mise à mal ces derniers temps, et cela est d’autant plus regrettable quand c’est le fait d’un juriste éminent ou considéré comme tel !
M. Ranthariat
Mardi 28 octobre 2008 à 17:56
Marine, je suis troublé par le début de votre réponse à Monique.
Nous sommes des êtres entiers, avec nos convictions humanistes, politiques, religieuses, que sais-je… Et ces convictions modèlent notre pensée. Dès lors, s’il est important d’opérer un discernement sur soi-même, pourquoi prétendre, dans le cadre d’un débat, couper les personnes en tranches en faisant abstraction d’une facette importante de leur personnalité ?
À votre phrase “Je ne vous rétorquerai pas que votre réponse à avoir avec votre confession religieuse ; et je ne vous parlerai pas de la mienne, car justement, la laïcité doit s’élever au dessus des religions.”, je répondrai qu’un débat est d’autant plus fructueux lorsque nous pouvons nous faire une image complète de l’interlocuteur (dans le respect de sa liberté de se dévoiler). Que vous ne vouliez pas parler de votre religion ou de votre athéisme, c’est votre droit le plus strict. Mais je crois qu’invoquer la laïcité dans ce contexte n’a pas beaucoup de sens.
Pour ma part, donc, je suis catholique. Et j’ai une notion légèrement différente de la laïcité que la vôtre. En bref : la laïcité, pour moi ce n’est pas la négation des religions, c’est l’absence de favoritisme.
Considérer les religions comme des associations (les paroisses ont d’ailleurs un statut associatif) me semble approprié, puisque la municipalité a justement le devoir de traiter toutes les associations sur un pied d’égalité. Cela permet une collaboration intelligente entre la municipalité et les différentes communautés religieuses qui ne sont pas livrées à elles-mêmes (avec les dérives que cela pourrait entraîner).
Au contraire, lorsque vous dites “Une municipalité n’a pas à faire la communication des Églises, ni à subventionner de manifestations religieuses, sous quelque façade associative que ce soit.”, je crois que vous versez dans l’extrême inverse de la situation d’avant 1905 en faisant, en quelque sorte, de la discrimination positive pour l’athéisme… ce qui va à l’encontre de ce que vous défendez.
La municipalité ne soutient pas uniquement les communautés protestante et catholique, mais également la communauté musulmane, dans la construction de sa mosquée. Faut-il, selon vous, cesser ce soutien ?
Mardi 28 octobre 2008 à 18:18
Bonjour Yannou,
Je laisse Marine vous répondre et compléter les quelques propos que je couche ici.
Je ne pense pas que nous soyons dans un désaccord flagrant, bien loin de là. Lorsque vous indiquez que la laïcité n’est pas la négation des religions mais l’absence de favoritisme, nous sommes absolument d’accord.
Nous sommes également d’accord pour dire qu’il ne faut pas faire de discrimination positive pour l’athéisme et pour ma part, je considère que la croyance ou la non-croyance sont à mettre sur un pied d’égalité pour l’épanouissement d’un être humain, sans mettre l’un au dessus de l’autre (dans quelque ordre que ce soit…).
Mais justement, nous insistons sur ces points car l’équipe municipale de Mr Portelli a foulé aux pieds ce principe d’égalité. Le subventionnement de jeunes participant aux JMJ est arbitraire. La majorité nous a rétorqué que les JMJ étaient une rencontre interculturelle, c’est faux ! Après cela, où poser les bornes d’une égalité entre les religions, entre les croyances ou les non-croyances ? Qui subventionner ? Qui ne pas subventionner ? On ne parle pas ici de communication mais d’argent public utilisé pour permettre à de jeunes catholiques de rejoindre un rassemblement catholique en Australie.
De même, la promotion de la catéchèse est une entorse à la laïcité. Nous ne parlons pas ici d’une activité associative banale, même d’une association religieuse, dont nous savons qu’elle conduise des activités fort utiles à la ville par ailleurs et dont nous pouvons encourager les activités tournées vers les Ermontois de toutes croyances, ou non.
Nous avons remarqué dans cette ville une profonde confusion sur ce thème.
Enfin, et c’est presque le plus important, les principes de la laïcité que nous défendons ne remettent pas en cause le soutien de la ville aux communautés religieuses. L’édification d’un temple et d’une mosquée à Ermont doivent être soutenues dans le cadre légal car elles participent toutes deux à la libre pratique de la religion sur notre ville. Vous trouverez d’ailleurs dans la partie archivée de notre campagne municipale sur ce blog les fondements de notre soutien à la construction de la mosquée d’Ermont, puisque nous avions été interrogés lors de cette dernière. Nous n’avons jamais transigé sur ce point de vue.
Il ne faut pas confondre l’égalité d’exercice du culte et la promotion ou le subventionnement d’activités religieuses, au sens strict du terme. Nous souhaitons la laïcité dans notre ville, c’est à dire le libre accès de tous à la croyance ou à la non-croyance, sans affirmer de supériorité de qui que ce soit sur quoi que ce soit.
Mardi 28 octobre 2008 à 19:00
Matthias, merci pour cette réponse claire.
Vous ne remettez donc pas en question la communication des Églises, mais spécifiquement la communication sur l’enseignement religieux.
Je laisse Marine compléter.
Mardi 28 octobre 2008 à 19:30
Yannou,
Quelques mots en complément de ce que Mathias vous a déjà répondu. Vous êtes le deuxième à me faire part de votre religion dans vos commentaires, et je ne jouerai pas sur ce terrain là en vous confiant ma religion à moi. Et ce pour une raison simple: je m’exprime ici en tant qu’élue de la République, et une confession religieuse doit rester strictement privée dans ce cadre. J’ai parfaitement conscience de la garantie et de la liberté qu’apporte la loi de 1905 aux religions. Ce que je dénonce ici, c’est le libre arbitre d’un maire qui va jusqu’à évoquer ses propres pratiques religieuses lors d’un discours officiel.
Je m’explique: lors de l’inauguration du temple prostestant, le 11 octobre dernier, quelques élus étaient présents, dont Mathias, le maire et moi-même. Il est normal que les représentants politiques de la ville assistent à l’inauguration d’un nouveau bâtiment sur leur ville. Ce qui est en revanche moins normal, c’est que le maire, au cours de son discours, évoque « la prière qu’il fait tous les matins sur le quai de la gare » (sic). Un élu de la République n’a pas à faire état de ses convictions religieuses lorsqu’il représente l’Etat et le politique, au risque de donner une dimension officielle à sa religion.
C’est cela que nous dénonçons. Si le maire commence à privilégier telle ou telle religion par sa manière d’agir, la laïcité est en danger.
Dimanche 2 novembre 2008 à 22:07
Marine,
Je ne cherche pas à vous “faire jouer” sur un quelconque terrain. Ma conviction est que nous sommes dans un cadre non officiel, un débat informel dans lequel on peut se sentir assez libre. Dans ce contexte, si Monique et moi mentionnons notre religion, c’est notre droit ; si vous ne souhaitez pas le faire, c’est votre droit. Il n’y a pas “l’un meilleur que l’autre”.
Tel n’est pas votre avis puisque vous dites : “je m’exprime ici en tant qu’élue de la République”, et vous vous interdisez donc d’adopter une attitude que vous reprochez au maire… ce qui est cohérent. Mais je m’interroge : quelle est la limite, dans le contenu et le contexte, de ce qu’un élu est autorisé à dire, simplement parce qu’il est élu ? Quand cesse-t-il d’être “élu” pour être simplement “lui” ?
Je m’interroge vraiment en toute sincérité. Ces derniers temps, j’ai entendu des élus évoquer publiquement leur religion… puis défendre farouchement la laïcité. Et cette défense était d’autant plus convaincante que nous savions qu’ils ne favorisaient pas leur religion précédemment évoquée.
Dans un discours public, le maire dit “faire sa prière” (sans préciser sa confession… qui n’est par ailleurs un mystère pour personne !). Mais il ne dit pas “Prier, c’est mieux que ne pas prier”, ou “Croire, c’est mieux que ne pas croire”.
Telle est, je crois, une différence fondamentale avec l’attitude du président de la République, qui a très nettement porté un jugement de valeur sur la religion chrétienne (entre autres, la fameuse phrase sur l’instituteur et le curé).
Lundi 3 novembre 2008 à 8:30
Bonjour Yannou,
En premier lieu, merci de vous intéresser à ce blog et de nous envoyer des commentaires réfléchis et construits.
Je crois que sur le fond nous sommes tous d’accord dans cette discussion. Vous demandez quand un élu cesse de devenir élu pour revenir lui-même. Evidemment qu’un élu fasse part de sa religion au cours d’une discussion privée, ce n’est pas le problème, c’est son droit, et nous ne sommes pas du tout rigides là dessus. Par contre le fait de mentionner sa religion et ses pratiques au cours d’un discours officiel concernant l’ouverture d’un lieu de culte particulier (donc d’une religion particulière) voilà qui est plus douteux. En ces temps où la laïcité est souvent mise à mal, cela prête le flanc.
Vous nous reprochez de « couper les gens en tranches », mais je vous rappelle que l’exercice républicain est hautement schizophrénique, il s’agit en effet « d’oublier » ses convictions privées lorsqu’on agit dans le public. Rhétorique, pourrez-vous me répondre, et dans la vie quotidienne nous le faisons peu, mais nous sommes convaincus qu’un élu républicain doit y prendre garde. L’intérêt général ne peut et ne doit être que la seule motivation d’un élu, pourquoi vouloir entretenir la confusion avec de telle phrases relevant du privé ?
Vous dîtes que la laïcité ce n’est pas la négation mais l’égalité des religions, et je suis entièrement d’accord. Mais la laïcité c’est aussi bannir la religion, quelle qu’elle soit, hors du domaine public (comprenenons-nous bien, du discours officiel, je ne critique pas du tout la présence des élus à l’inauguration), car c’est une condition essentielle à ce qu’aucune ne soit favorisée.
Cordialement,
Lundi 3 novembre 2008 à 9:20
Nicolas,
Je pense également que nous sommes d’accord sur la plupart des principes, et que le différend porte sur la mise en œuvre.
Je comprends qu’en ces temps où “la laïcité est souvent mise à mal” au plus haut niveau, vous fassiez preuve d’une vigilance accrue au niveau local. Mais je crois qu’ici il s’agit plus de mises en garde contre d’éventuelles dérives. Je ne crois pas qu’il y ait réelle transgression dès lors que :
* il y a égalité de traitement entre les religions
* il n’y a pas de jugement de valeur porté sur les religions
Vous avez raison, l’exercice républicain est “hautement schizophrénique”. Veillons à ce que l’esprit soit appliqué avant la lettre.
Lundi 3 novembre 2008 à 23:34
Nous avons considéré, notamment pour la subvention aux JMJ (c’est à dire subvention à une seule religion) qu’il n’y avait pas d’égalité de traitement entre les religions et qu’il y avait donc transgression de la part de la majorité municipale. Pour paraphraser Marine Gilbert, dès lors la ville ne devrait-elle pas subventionner les voyages organisés par d’autres religions ? Et dès lors, ne serait-ce pas un gouffre financier pour la ville ? Je ne vois pas comment nier cela.
Je vous remercie de votre participation à ce débat. N’hésitez pas à commenter d’autres articles.
Bien à vous